Tin Ngoại Ngữ

Nagasaki: « Un monde sans armes nucléaires, possible et nécessaire », pressant appel du pape François

Quand l’article 9 de la Constitution japonaise est remis en question

« Convaincu qu’un monde sans armes nucléaires est possible et nécessaire, je demande aux leaders politiques de ne pas oublier que ces armes ne nous défendent pas des menaces contre la sécurité nationale et internationale de notre temps »: c’était, au coeur du 32e voyage du pape François qui l’a conduit en Thaïlande et au Japon, certainement le discours le plus attendu, ce dimanche matin, 24 novembre 2019, à Nagasaki, à l' »Atomic Bomb Hypocenter Park », mémorial du bombardement atomique du 9 août 1945.

La bombe au plutonium « Fat Man » a fait quelque 40 000 morts sur le coup, trois jours après le bombe à l’uranium qui avait frappé Hiroshima, faisant dans l’immédiat 200 000 victimes, en majorité des civils.

La cathédrale d’Urakami, voisine du mémorial de Nagasaki a été complètement rasée: un Christ et une Vierge ont été retrouvés récemment: le pape évoque cela dans son discours.

La longue prière silencieuse sous la pluie

Avant de prendre la parole, le pape François a déposé une grande couronne de fleurs blanches au mémorial et il s’est longuement recueilli, la tête baissée, comme agrippé à la couronne de fleurs, sous une pluie battante, qui ajoutait à la gravité désolée du moment, seul, sans aucun abri, à 82 ans: ni parapluie, ni imperméable, ni auvent. Devant lui, l’immense pilier de marbre noir dressé à l’épicentre de l’explosion nucléaire.

Sur un candélabre orné du mot paix, en latin, « Pax », cadeau qu’il a offert au mémorial, le pape a ensuite allumé une flamme du souvenir, fragile sous la pluie et le vent, mais tenace, qui apportait une lumière d’espérance au coeur de la mémoire de la tragédie de Nagasaki.

Ce candélabre, conçu pour ce voyage au Japon, est en fonte de laiton argenté, de 1,20 m de haut: sa base s’appuie sur trois bandes où s’inscrit le mot paix, « PAX ». Sa tige cylindrique est marquée à mi hauteur par un médaillon doré frappé aux armes du pape François. Au sommet, la veilleuse en cire est maintenue comme par trois voiles métalliques.

Le pape a prononcé son discours devant la photo du jeune garçon qui porte sur son dos son petit frère, mort du fait du bombardement atomique de 1945, et qu’il porte au crématorium de Nagasaki. Le pape a choisi cette photo pour ses voeux à l’occasion de la Journée mondiale de la paix 2018 et il a inscrit cette légende: « le fruit de la guerre ». Comme pour secouer l’indifférence et rappeler que les enfants sont les victimes les plus vulnérables dans les conflits d’hier et d’aujourd’hui.

L’indifférence est impossible: « Personne ne peut être indifférent face à la souffrance de millions d’hommes et de femmes qui continuent aujourd’hui à interpeller notre conscience ; personne ne peut rester sourd face au cri du frère blessé qui appelle ; personne ne peut fermer les yeux face aux ruines d’une culture incapable de dialogue ».

L’article 9 de la Constitution

Mais si, aujourd’hui, au Japon, à Nagasaki, le pape parle à nouveau si clair et si fort, ce n’est pas seulement à l’adresse de la communauté internationale. En effet, des personnalités politiques japonaises, dont le Premier ministre, M. Shinzo Abe – que le pape doit rencontrer, lundi 25 novembre -, demandent actuellement l’abolition de l’article 9 de la constitution japonaise de 1946, adoptée sous l’occupation des Etats-Unis et qui postule que le Japon renonce à la guerre.

Pour leur part, l’empereur émérite Akihito, et le nouvel empereur Naruhito, intronisé en octobre dernier – que le pape rencontrera aussi lundi, avant le Premier ministre -, sont au contraire favorables au maintien de cet article.

Les armes de la prière et du dialogue

Le pape a invité à prier « pour la conversion des consciences et pour le triomphe d’une culture de la vie, de la réconciliation et de la fraternité », « une fraternité qui sache reconnaître et garantir les différences dans la recherche d’un destin commun », avant de lire la prière de saint François d’Assise : « Fais de moi un artisan de paix ».

Rappelant l’appel des évêques japonais pour l’abolition des armes nucléaires et les dix jours qu’ils promeuvent chaque année pour la paix, le pape a en effet encouragé à cultiver « la prière, la recherche infatigable de la promotion d’accords, l’insistance sur le dialogue » comme autant d’‘‘armes’’ dans lesquelles placer sa « confiance ».

Lors de la rencontre du pape François et des évêques du pays, reconnus pour leur « courage » à réclamer l’option pour la paix, le président de la conférence épiscopale, Mgr Takami, archevêque de Nagasaki justement – sa ville natale! -, et ancien archevêque d’Hiroshima, a clairement redit que « l’humanité n’a pas besoin d’armes nucléaires ».

L’illusion « tragique » de la dissuasion  nucléaire

Le pape a réfuté une nouvelle fois la doctrine de la dissuasion nucléaire en proposant au contraire la voie de « l’interdépendance » et de la « co-responsabilité » dans les relations internationales: « La paix et la stabilité internationales sont incompatibles avec toute tentative de compter sur la peur de la destruction réciproque ou sur une menace d’anéantissement total ; elles ne sont possibles qu’à partir d’une éthique globale de solidarité et de coopération au service d’un avenir façonné par l’interdépendance et la co-responsabilité au sein de toute la famille humaine d’aujourd’hui et de demain. »

Le pape indique les effets destructeurs de cette option de la dissuasion nucléaire et son inefficacité pour obtenir la paix dans le monde: il souhaite que la « méfiance » qui l’emporte actuellement dans les relations internationale fasse place au contraire à la « confiance ».

Non à une paix fondée sur la peur 

Le Saint-Siège a plusieurs fois affirmé à l’ONU que « Les armes nucléaires fournissent un faux sentiment de sécurité, tout comme les efforts pour sécuriser une paix négative par un équilibre de pouvoirs ». C’est ce qu’affirmait, à Vienne, le 2 mai 2017, Mgr Janusz Urbanczyk, chef de la délégation du Saint-Siège au Comité préparatoire en vue de la conférence 2020 d’examen du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. Il a prôné « une conception positive de la paix ».

Mgr Paul Gallagher, secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les Etats est aussi intervenu dans ce sens, le 17 septembre 2018, à la 62e conférence internationale de l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA).

Il s’est prononcé pour « une paix globale, vraie et durable », soulignant « l’urgente nécessité d’une éthique moderne globale de la responsabilité, de la solidarité et de la sécurité coopérative, qui doit prendre la place des vieilles façons de penser, si souvent guidées par son propre intérêt et par la méfiance », dans le domaine nucléaire.

« Les armes nucléaires sont des armes de destruction de masse et environnementale », a-t-il averti.

Quelques années plus tôt, en 2015, à Vienne, à la Conférence de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique  (AIEA), il prônait déjà l’élimination des armes nucléaires: « La logique de la peur et de la méfiance doit être remplacée par une nouvelle éthique mondiale ».

Le secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les États a pris la parole à la Conférence de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique  (AIEA)14 septembre de cette année-là à Vienne (Autriche).

La logique de la confiance

Au nom du Saint-Siège, Mgr Gallagher a par ailleurs signé le Traité d’interdiction des armes nucléaires, au siège des Nations unies à New York, le 20 septembre 2017.

Le Saint-Siège a donc une doctrine continue et approfondie contre la prolifération nucléaire et la dissuasion, comme en témoigne encore, par exemple, l’intervention de Mgr Migliore à l’ONU New York en 2005.

Le Saint-Siège a dénoncé lui aussi, à l’ONU, à Genève, en 2018, « l’illusion tragique d’une “paix” fondée sur la peur ».

En somme, a déclaré le pape François à Nagasaki, il faut s’engager à construire la confiance: « La confiance mutuelle brise la dynamique de méfiance qui prévaut actuellement ». Il a cité l’encyclique de Jean XXIII « Pacem in Terris » pour rappeler que la paix se fonde uniquement sur la « confiance réciproque ».

Des martyrs de la bombe aux martyrs des persécutions

Après son discours, le pape s’est rendu à la colline de Nishizaka, au mémorial des martyrs chrétiens, notamment saint Paul Miki, premier jésuite japonais et des 25 compagnons, morts en 1597: les chrétiens du Japon ont alors vécu une longue période de persécution de 260 ans.

Le pape y a prié l’angélus et il est rentré à l’archevêché pour le déjeuner avant la messe au stade de baseball, à 14h (6h à Rome). Le pape avait ensuite rendez-vous à la première ville frappée par la bombe atomique, Hiroshima, pour une « Rencontre pour la paix ». Il devrait rejoindre Tokyo en avion pour passer la nuit à la nonciature apostolique.

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