Tin Ngoại Ngữ

Nagasaki: la « peur de la destruction réciproque » ne peut pas apporter la paix (texte complet)

Le pape invite à prier pour « la conversion des consciences »

« La paix et la stabilité internationales sont incompatibles avec toute tentative de compter sur la peur de la destruction réciproque ou sur une menace d’anéantissement total »: c’était, au coeur du 32e voyage du pape François qui l’a conduit en Thaïlande et au Japon, certainement le discours le plus attendu, ce dimanche matin, 24 novembre 2019, à Nagasaki, à l' »Atomic Bomb Hypocenter Park », mémorial du bombardement atomique du 9 août 1945.

La bombe au plutonium « Fat Man » a fait quelque 40 000 morts sur le coup, trois jours après le bombe à l’uranium qui avait frappé Hiroshima, faisant dans l’immédiat 200 000 victimes, en majorité des civils.

Le pape François démonte la doctrine de la dissuasion nucléaire affirmant au contraire que « la paix et la stabilité elles ne sont possibles qu’à partir d’une éthique globale de solidarité et de coopération au service d’un avenir façonné par l’interdépendance et la coresponsabilité au sein de toute la famille humaine d’aujourd’hui et de demain ».

Le pape indique les effets destructeurs de cette option de la dissuasion nucléaire et son inefficacité pour obtenir la paix dans le monde: il souhaite que la « méfiance » qui l’emporte actuellement dans les relations internationale fasse place au contraire à la « confiance » et le « dialogue ».

Il invite à prier « pour la conversion des consciences et pour le triomphe d’une culture de la vie, de la réconciliation et de la fraternité », « une fraternité qui sache reconnaître et garantir les différences dans la recherche d’un destin commun ».

Il a lui-même prié à haute voix la prière de saint François d’Assise pour devenir des artisans de paix.

Le pape a prononcé son discours devant la photo du jeune garçon qui porte sur son dos son petit frère, mort du fait du bombardement atomique, et qu’il porte au crématorium de Nagasaki. Le pape a choisi cette photo pour ses voeux pour la Journée mondiale de la paix 2018 et il a inscrit cette légende: « le fruit de la guerre ». Comme pour secouer l’indifférence et rappeler que les enfants sont les victimes les plus vulnérables dans les conflits d’hier et d’aujourd’hui.

Voici la traduction officielle du discours que le pape François a prononcé en espagnol.
AB

Discours du pape François

Chers frères et soeurs,

ce lieu nous rend davantage conscients de la souffrance et de l’horreur que nous les êtres humains nous sommes capables de nous infliger. La croix bombardée et la statue de Notre-Dame, récemment découvertes dans la cathédrale de Nagasaki, nous rappellent une fois de plus l’horreur indescriptible vécue dans leur propre chair par les victimes et leurs familles.

L’une des plus profondes aspirations du cœur humain, c’est le désir de paix et de stabilité. La possession des armes nucléaires et d’autres armes de destruction massive n’est pas la réponse la plus appropriée à ce désir. Bien au contraire, elle semble le mettre continuellement à l’épreuve. Notre monde vit la perverse dichotomie de vouloir défendre et garantir la stabilité et la paix sur la base d’une fausse sécurité soutenue par une mentalité de crainte et de méfiance qui finit par envenimer les relations entre les peuples et empêcher tout dialogue possible.

La paix et la stabilité internationales sont incompatibles avec toute tentative de compter sur la peur de la destruction réciproque ou sur une menace d’anéantissement total ; elles ne sont possibles qu’à partir d’une éthique globale de solidarité et de coopération au service d’un avenir façonné par l’interdépendance et la coresponsabilité au sein de toute la famille humaine d’aujourd’hui et de demain.

Ici, dans cette ville qui est témoin des conséquences humanitaires et environnementales catastrophiques d’une attaque nucléaire, les tentatives d’élever la voix contre la course aux armements seront toujours peu de choses. Celle-ci gaspille de précieuses ressources qui pourraient, au contraire, être utilisées au bénéfice du développement intégral des peuples et pour la protection de l’environnement naturel. Dans le monde d’aujourd’hui, où des millions d’enfants et de familles vivent dans des conditions inhumaines, l’argent dépensé et les fortunes gagnées dans la fabrication, la modernisation, l’entretien et la vente d’armes toujours plus destructrices sont un outrage continuel qui crie vers le ciel.

Un monde en paix, libre des armes nucléaires, est l’aspiration de millions d’hommes et de femmes partout. Transformer cet idéal en réalité demande la participation de tous : individus, communautés religieuses, société civile, Etats dotés d’armes nucléaires et ceux qui n’en possèdent pas, secteurs militaires et privés, et organisations internationales. Notre réponse à la menace des armes nucléaires doit être collective et concertée, sur la base de la construction, ardue mais constante, d’une confiance mutuelle qui brise la dynamique de méfiance qui prévaut actuellement. En 1963, le saint Pape Jean XXIII, dans l’Encyclique Pacem in terris, lançant lui aussi un appel pour l’interdiction des armes atomiques (cf. n. 60), affirmait qu’une paix internationale vraie et constante ne peut se fonder sur l’équilibre des forces militaires, mais uniquement sur la confiance réciproque (cf. n. 61).

Il faut rompre la dynamique de méfiance qui prévaut actuellement et qui fait courir le risque d’arriver au démantèlement de l’architecture internationale de contrôle des armes. Nous assistons à une érosion du multilatéralisme d’autant plus grave si l’on considère le développement des nouvelles technologies des armes ; cette approche semble plutôt absurde dans le contexte actuel marqué par l’interconnexion, et constitue une situation qui exige une attention urgente et un engagement de la part de tous les leaders.

L’Eglise catholique, pour sa part, est irrévocablement engagée dans la décision de promouvoir la paix entre les peuples et les nations : c’est un devoir auquel elle se sent obligée devant Dieu comme devant tous les hommes et femmes de cette terre. Nous ne pourrons jamais nous lasser d’œuvrer et de soutenir avec une insistance persistante les principaux instruments juridiques internationaux de désarmement et de non-prolifération nucléaire, y compris le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires. En juillet passé, les évêques du Japon ont lancé un appel pour l’abolition des armes nucléaires, et, tous les mois d’août, l’Eglise japonaise organise une rencontre de prières de dix jours pour la paix. Que la prière, la recherche infatigable de la promotion d’accords, l’insistance sur le dialogue, soient les ‘‘armes’’ dans lesquelles nous mettons notre confiance, et aussi la source d’inspiration des efforts pour construire un monde de justice et de solidarité qui apporte de réelles garanties pour la paix.

Convaincu qu’un monde sans armes nucléaires est possible et nécessaire, je demande aux leaders politiques de ne pas oublier que ces armes ne nous défendent pas des menaces contre la sécurité nationale et internationale de notre temps. Il faut considérer l’impact catastrophique de leur usage du point de vue humanitaire et environnemental, en renonçant au renforcement d’un climat de crainte, de méfiance et d’hostilité, créé par des doctrines nucléaires. L’état actuel de notre planète exige, pour sa part, une réflexion sérieuse sur la manière dont toutes ces ressources pourraient être utilisées, en référence à la complexe et difficile application de l’Agenda 2030 pour le Développement Durable, et atteindre ainsi des objectifs comme le développement humain intégral. C’est ce que suggérait le saint Pape Paul VI déjà en 1964, lorsque qu’il a proposé d’aider les plus déshérités à travers un Fond Mondial, alimenté par une partie des dépenses militaires (cf. Discours aux journalistes, Bombay, 4 décembre 1964 ; Lett. enc. Populorum progressio, 26 mars 1967, n. 51).

Pour toutes ces raisons, il devient crucial de créer des instruments qui assurent la confiance et le développement mutuel, et de compter sur des leaders qui soient à la hauteur des circonstances. C’est par ailleurs une tâche qui nous interpelle et nous concerne tous. Personne ne peut être indifférent face à la souffrance de millions d’hommes et de femmes qui continuent aujourd’hui à interpeller notre conscience ; personne ne peut rester sourd face au cri du frère blessé qui appelle ; personne ne peut fermer les yeux face aux ruines d’une culture incapable de dialogue.

Unissons-nous dans la prière, tous les jours, pour la conversion des consciences et pour le triomphe d’une culture de la vie, de la réconciliation et de la fraternité. Une fraternité qui sache reconnaître et garantir les différences dans la recherche d’un destin commun.

Je sais que certaines personnes ici présentes ne sont pas catholiques, mais je suis sûr que nous pouvons tous faire nôtre la prière pour la paix attribuée à Saint François d’Assise :

Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix,

là où il y a la haine, que j’apporte l’amour,

là où il y a l’offense, que j’apporte le pardon,

là où il y a le doute, que j’apporte la foi,

là où il y a le désespoir, que j’apporte l’espérance,

là où il y a les ténèbres, que j’apporte la lumière,

là où il y a la tristesse, que j’apporte la joie.

En ce lieu de mémoire, qui nous émeut et ne peut nous laisser indifférents, il est encore plus riche de sens de nous confier à Dieu, pour qu’il nous enseigne à être des instruments efficaces de paix et à veiller aussi à ne pas commettre les mêmes erreurs du passé.

Puissiez-vous, vous-mêmes et vos familles ainsi que la nation tout entière, expérimenter les bienfaits de la prospérité et de l’harmonie sociale !

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